Grève dans l'éducation nationale, pourquoi nous nous mobilisons...

Publié le par la belette

Jeudi 20 novembre 2008, nous serons en grève, tous les deux (ce n'est plus un secret pour personne, nous formons un couple de profs...) et pour plusieurs raisons.
Loin de moi l'ambition d'établir une liste exhaustive des motifs qui nous poussent à cesser le travail et participer au défilé parisien mais compte tenu du relais médiatique des précédentes mobilisations (très orienté, très éloigné des réalités du mouvement et finalement très évasif sur les questions de fond), il me semble intéressant d'en citer quelques uns (de motifs)...

Tout d'abord il faut savoir que la réforme des lycées est un grand mystère pour la plupart des acteurs du monde enseignant alors que celle ci doit prendre effet dès la rentrée 2009 (septembre 2009).

Peu d'informations filtrent mais nous savons avec certitude que le nombre de postes d'enseignants va être diminué dans de grandes proportions (11200 l'année dernière et 13 500 en moins à la prochaine rentrée...);

pourquoi s'alarmer ??

 parce que les conditions d'enseignement sont de plus en plus difficiles (classes surchargées, élèves présentant des difficultés variées...) et que, pour faire en sorte que la rentrée prochaine ne soit pas complètement bouleversée par ces suppressions massives de postes dans l'éducation nationale, il semble qu'il ait été décidé de :

- supprimer des postes jugés comme "inutiles" : les RASED (réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté) par exemple qui accomplissent pourtant un travail exemplaire et dont il ne viendrait à l'idée de personne, ayant assisté à leurs interventions, de mentionner qu'ils sont "inutiles" (et ils doivent l'être pourtant car il est prévu qu'ils disparaissent...)

- modifier complètement les enseignements au lycée...
une réforme est sans doute nécessaire mais celle ci se fait sans concertation avec les élèves, leurs parents et les enseignants, sans réelle information (j'y reviendrai) et elle propose un allègement de la scolarité au lycée...et oui, la folie du "light" semble avoir contaminé l'école...

Alors que l'on nous parle d'un enseignement "à la carte", il faut savoir que derrière cette illusion de liberté donnée à l'élève concernant les choix qu'il va pouvoir effectuer dans les matières enseignées, se cache surtout LE grand moyen de masquer les suppressions de postes prévues à Bercy...

D'abord ce n'est pas matière par matière que le choix pourra s'opérer mais par "groupement de matières", des modules.... et puis le bilan, c'est moins de temps d'enseignement...concernant la quantité, voilà ce que nous savons....

oui, mais vous penserez peut être que ce n'est pas ce qui compte le plus, et que la qualité prime, bien sûr..

que dire donc, de la qualité des enseignements qui seront dispensés?

 On ne sait pas...
aucune information n'est parvenue concernant les contenus des enseignements, les conditions "pratiques" (dédoublement de classe?...) : les programmes sont tenus secrets... certains avancent qu'ils ne sont pas prêts... mais alors on pose une réforme pour la rentrée 2009, dont on nous assène qu'elle sera en tout point profitable aux élèves mais on ne sait pas ce qui sera enseigné...est ce bien sérieux?

premièrement, les professeurs ont besoin de connaitre le contenu des programmes car (contrairement peut être aux idées reçues) les professeurs travaillent à l'avance les cours et TP et dans des matières comme les nôtres, où il faut prévoir des commandes de matériel, un minimum d'organisation s'impose....

deuxièment, est il envisageable que les programmes ne soient pas prêts ne serait ce que vis à vis des éditeurs qui vont devoir produire les manuels scolaires de ces nouveaux programmes.... la rentrée prochaine se fera t'elle sans aucun manuel scolaire?

Troisièmement : les élèves, les parents d'élèves ont le droit de savoir ce qui attend ceux qui vont subir cette réforme.... quel manque de respect vis à vis de tous que cette absence de communication...

L'UNL (union nationale des lycéens) a bien été conviée par Mr Darcos à une table ronde mais les informations distillées sont restées très évasives et les représentants des lycéens sont restés sur leur faim; beaucoup de questions restent en suspend : qu'adviendra t'il des redoublants? comment le post bac va t'il être modifié pour s'adapter à ces nouveaux cursus? comment s'effectuera l'orientation dans les différentes filières?..... (car les bac L, S, ES... c'est terminé....)

-et puis, des questions plus fondamentales se posent aussi : on veut nous faire croire qu'en travaillant moins les élèves travailleront mieux, le rythme sera plus soutenu...ah..la question du rythme : la vraie question n'est elle pas : faut il toujours aller plus vite? et cette logique de rentabilité, d'augmentation de cadence, qui s'applique effectivement dans de nombreux domaines peut elle être aussi facilement transposée au monde de l'éducation?

Je lisais dernièrement "sur la télévision" de Pierre Bourdieu et je n'ai pu m'empêcher d'y trouver des parallèles avec ce qui se trame dans l'éducation en ce moment...

il aborde par exemple le fait qu'il y a un lien entre la pensée et le temps (il fait alors référence à Platon pour appuyer son propos); il pose la question suivante : est ce qu'on peut penser dans la vitesse? est ce qu'en voulant aller toujours plus vite, on ne se destine pas à ne former que des "fast thinkers" (l'expression est de Bourdieu) ?

Plus loin il aborde directement la question de l'éducation...en réduisant les enseignements et en laissant l'élève libre de ses choix on se prépare à des bacheliers (est ce certain d'ailleurs...la question du bac et de son devenir est elle aussi irrésolue...) qui n'auront jamais eu de cours de philosophie, ou d'autres disciplines ne faisant pas partie de leurs choix... (car le nombre de choix est limité bien sur, n'oublions pas qu'il s'agit là avant tout de faire des économies...); Bourdieu dit (car il s'agit de la retranscription d'un cours donné au collège de France) qu'il ne faut pas oublier qu'au 19ème siècle, les fondateurs de la République disaient que le but de l'instruction, ce n'est pas uniquement de savoir lire, écrire, compter pour pouvoir faire un bon travailleur, mais de disposer des moyens indispensables pour être un bon citoyen, pour etre en mesure de comprendre les lois, de comprendre et de défendre ses droits, de créer des associations syndicales...il faut travailler à l'universalisation des conditions d'accès à l'universel "
...

Amen!

Que deviendront les professeurs dont les modules n'auront pas été choisis? et si on impose un certain nombre de modules avec l'objectif de les remplir obligatoirement, comment se fera l'exclusion des élèves trop  nombreux à avoir choisi le même module, vers quel enseignement seront ils redirigés....

Vous l'aurez compris je l'espère, trop de questions se posent, et des questions qui ne sont pas sans intérêt, vous en conviendrez...

alors si jeudi soir, dans les médias vous entendez (et voyez sans doute) de "braves gens" se plaindre de "ces profs encore (et toujours) en grève", sachez que derrière ce mouvement il y a de vrais enjeux et que tous les enseignants mobilisés ont perdu une part de leur salaire, ce jour là...
sacrifié sur l'autel de nos illusions?

espérons que non....


Enfin, peut être certains se demanderont ils pourquoi nous avons choisi le 20 novembre pour cette mobilisation générale : d'abord il y en a eu d'autres qui sont restées sans effet, et celle ci est un peu celle de la "dernière chance" car le budget de l'éducation nationale pour l'année prochaine sera voté ce jour là....


Publié dans Quoi de neuf

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Claudine 20/11/2008 20:10

Nous sommes de tout coeur avec vous. Ce matin, nous sommes allés à Perpignan soutenir les grévistes. Mon conjoint travaillant à l'université nous sommes plus que concernés. Ici la grève à été un succès. A l'université aussi, il va y avoir des changements et c'est pas du mieux

aliénor39 19/11/2008 12:09

pour une fois je suis OK avec les enseignants sur leur grève : suppression des RASED, remise en cause de la maternelle (dans le but déguisé de supprimer des postes !!) quand on sait l'importance pour la poursuite scolaire des enfants surtout dans les milieux défavorisés etc, etc...Malheureusement je doute que cette grève ait un impact énorme : il faudrait une vraie révolution ......