Entendu sur France Inter : "L'âge de la retraite, pour les fonctionnaires, est repoussé à 67 ans".
Ces propos, qui auraient plutôt dû me faire pleurer, ont réussi à m'arracher un sourire.
Une explication s'impose :
A table, l'avant veille, une de mes collègues plaisantait : "Vu ce qu'on nous réserve en matière de retraite et le peu d'élèves handicapés accueillis par notre établissement, les nombreux accès
pour personnes à mobilité réduite prévus dans le cadre de la réhabilitation du lycée serviront davantage aux profs qu'aux élèves".
Boutade qui fait rire la tablée, intimement convaincue qu'elle se trompe et que l'exagération de son propos vise à déclencher notre hilarité.
Car enfin, nous constatons tous à quel point, quand l'âge de la retraite approche, les conditions d'enseignement deviennent difficiles pour la plupart des collègues...
Est ce la faute à la trop grande différence d'âge, aux problèmes de communication, à l'usure tout simplement...
Toujours est il que les choses se compliquent alors.
Partant de ce constat, il me vient des angoisses concernant l'avenir de cette profession.
Alors que la relation aux élèves devient (ne nous voilons pas la face) de plus en plus compliquée d'année en année et requiert toujours plus d'efforts et d'énergie, alors que l'on demande aux
profs de cumuler toujours plus de fonctions sans pour autant que leur image en soit améliorée (au contraire?), voilà qu'on nous promet des fins de carrière qui n'en finissent pas!
Outre le fait qu'un repos bien mérité semble s'imposer passé un certain âge, j'appréhende quelque peu la confrontation de générations trop éloignées : car enfin, à 67 ans, on n'entreprend pas une
classe de 35 élèves qui peuvent être âgés de 12 à 19 ans avec la même énergie qu'en début de carrière.
Ainsi va la France, qui, pour combler les déficits, a décidé de mettre en faillite la fonction publique.
Je vois en effet dans cette annonce une entreprise (une de plus) visant à mettre à mal l'Education Nationale.
Comme avant celle-ci la diminution drastique du nombre de surveillants et d'enseignants dans les établissements scolaires depuis plusieurs années, qui n'est pas sans relation avec les accès de
violence constatés dernièrement et dont s'offusque le gouvernement tout entier.
Comme le manque absolu de respect dont témoignent les politiques à l'encontre du corps enseignant lors de leurs différentes interventions médiatisées et qui, par un système assez perfide, conduit
la masse populaire à se croire autorisée à exprimer des jugement d'une violence aigûe à destination des professeurs (comme en témoignent plus de la moitié des entretiens avec les parents d'élèves
que j'ai assurés cette année : "oui mais tel prof est un incapable", "de toute façon vous, dans l'Education Nationale, vous ne travaillez jamais...").
Que penser d'un gouvernement qui laisse s'enliser une situation déjà difficile, qui ne finance plus les moyens qui ont fait leurs preuves et qui revoit ses ambitions en matière de culture
et d'éducation à la baisse
(faisons abstraction, si ça ne vous dérange pas, du projet de concert de Johnny (qui, soit dit en passant, a pourtant fait ses adieux à la
scène pas plus tard que le mois dernier, à grand renfort de publicité, non?)
pour le 14 juillet qui va creuser encore un peu le déficit et enrichir un peu plus notre "héros national" )
alors qu'il prétend haut et fort vouloir défendre des valeurs qu'il méprise pourtant ouvertement à travers ses différentes actions?
Je crois qu'il laisse pourrir une situation pour, d'ici quelques (petites) années, dresser l'inévitable bilan :
"L'école publique ne fonctionne pas, il faut la privatiser..."
Adieu l'ascenseur social, adieu l'égalité des chances, adieu les rêves d'éducation pour tous et l'utopie de la formation des masses adolescentes à l'exercice de leur esprit critique et de leur
libre arbitre...
Peut être se rappelera-t'on alors avec nostalgie les heures que nous vivons aujourd'hui...
Devant la passivité de l'opinion publique face à ce qui se joue aujourd'hui dans l'éducation mais aussi la recherche, la santé, une seule pensée m'obsède :
Regrets éternels
C'était pourtant bien...
Suivie d'un sursaut :
Et si tout n'était pas encore définitivement joué?
Pour ma part, je table tout sur le fait que le rendez vous manqué ce printemps dernier sera reconduit et amplifié à la prochaine rentrée...
J'ai tellement espéré (que les Antilles
sauraient nous inspirer...quelle admiration je voue à leur mouvement!)
Et je termine avec Rockin' Squat qui, en plus de tenir des propos intelligents, a le bon goût d'avoir une diction parfaite, qualité trop rare dans le monde du rap.
On en parle...